En choisissant d’installer un étai en acier dans l’une des salles de l’abri, Sébastien Mettraux interroge le visiteur : ce que je vois fait-il partie uniquement de de l’environnement extérieur fait-il partie de la structure de l’abri ou est-ce une œuvre qui s’inscrit dans l’aire transitionnelle entre le lieu et l’artiste ?
L’œuvre s’appuie justement sur cette interaction. Ainsi placée, elle donne l’illusion de frontières qui pourraient s’ébranler si elles n’étaient pas suffisamment soutenues. L’armature déployée entre le sol et le plafond de la pièce semble renforcer les parois existantes comme si sa structure n’offrait pas suffisamment de protection. Ainsi en va-t-il du bébé porté par la mère, qui lui assure un maintien physique, le handling, et un portage psychique, le holding, deux processus décrits par Winnicott qui permettent au bébé de se sentir tenu et contenu. De la même manière l’étai donne-t-il le sentiment de porter l’abri. Une fois encore, le dialogue qui s’instaure entre l’œuvre et son installation dans le lieu spécifique des abris lui confère une ampleur particulière et nous renvoie à notre propre sentiment de sécurité interne. Une nouvelle aire transitionnelle s’ouvre alors entre soi et la créativité de l’artiste.
Lorsqu’on cherche à appréhender l’œuvre non plus comme un pilier qui palie à l’éventualité d’un ébranlement, mais comme une représentation qui s’inscrit dans l’aire transitionnelle. Objet rituel sculpté, façonné, le totem représente dans certains clans l’animal considéré comme l’ancêtre et protecteur du clan. En ce sens, l’œuvre passe d’une représentation du pilier figurant la dépendance absolue à la mère à la représentation d’un objet transitionnel permettant de se penser séparé d’elle tout en y restant lié.
Luigi Viandante, (2009). « Entre le dedans et le dehors. L’aire transitionnelle » In INBETWEENOUT / BLACK MIRROR (pp. 55 - 58)
Catalogue d’exposition, espace d’art contemporain les Abris, Lausanne. Marco Costantini & sang bleu éditions.